Quand l'IA entre en classe, la dimension humaine devient la variable irremplaçable
Les éducateurs catholiques abordent l'intégration de l'intelligence artificielle avec une lucidité que le discours séculier atteint rarement : la technologie peut corriger des copies et faire remonter des données, mais elle ne peut pas former une personne. Comme le précise l'encyclique *Magnifica Humanitas* du pape Léon XIV, la valeur de tout outil se mesure à sa capacité à servir le développement humain.

Quand l'IA entre dans la salle de classe, le facteur humain devient la variable irremplaçable
Un professeur de physique et de science des données à l'Université franciscaine de Steubenville a récemment décrit ce qui se produit lorsque l'intelligence artificielle prend en charge une trop grande part du processus éducatif : les étudiants commencent à simuler la compétence tout en évitant l'apprentissage véritable. La technologie peut transmettre de l'information. Elle ne peut pas transmettre la sagesse. Elle ne peut pas produire la vertu. Et elle ne peut pas faire ce que fait un mentor lorsque la curiosité d'un étudiant est encore informe et fragile.
Le reportage d'EWTN News sur les éducateurs qui soupèsent la place de l'IA dans la salle de classe [1] met au jour un débat qui, dans son essence, ne porte pas sur la technologie. Il porte sur la finalité de l'éducation.
Ce que la formation exige qu'aucun algorithme ne peut fournir
Fernanda Psihas, la professeure de l'Université franciscaine citée dans le reportage, a proposé une formulation qui mérite qu'on s'y arrête : l'éducation consiste à transformer la connaissance en sagesse, et les aptitudes en vertu et en caractère [1]. Elle désigne ainsi un processus irréductiblement personnel, qui exige une présence humaine capable de percevoir la confusion d'un étudiant, de suivre la courbe de son développement et de porter le type de jugement qu'aucun algorithme de notation ne peut approcher.
La personne n'est pas un ensemble de données. La personne n'est pas un faisceau de compétences à optimiser. La personne est un être rationnel, relationnel et incarné, dont l'épanouissement dépend d'une rencontre authentique — du fait d'être connue et guidée par une autre personne qui a elle-même traversé un parcours de formation. La littérature sur l'alliance thérapeutique en psychologie positive avance un argument parallèle : les résultats s'améliorent non pas tant grâce à la technique employée que grâce à la qualité de la relation dans laquelle cette technique s'inscrit [2].
L'IA ne peut pas établir une alliance thérapeutique. Elle ne peut pas davantage établir une alliance pédagogique.
Le risque que nomme Psihas est précis
Le risque de l'IA dans l'éducation n'est pas simplement que les étudiants trichent. Le risque est plus subtil. Le délestage cognitif — son expression pour désigner le fait de confier à des outils d'IA l'effort mental — perturbe le processus d'apprentissage lui-même [1]. Lorsqu'un étudiant sous-traite le travail de construction d'un argument, il contourne la friction cognitive par laquelle l'intelligence se développe réellement. La difficulté n'est pas un obstacle à l'apprentissage. Elle en est le mécanisme.
La recherche en psychologie de l'éducation le confirme. La lutte productive — travailler à travers la difficulté sans résolution immédiate — est associée à un encodage plus profond, à une meilleure rétention et à une application plus souple des connaissances [3].
Psihas a répondu avec une ingéniosité pratique : elle « IA-protège » ses travaux en les soumettant d'abord à des outils d'IA, en observant ce qu'ils produisent, puis en les repensant de manière à exiger une réflexion que l'IA ne peut pas simuler [1]. Elle fait aussi preuve de transparence envers ses étudiants quant à son propre recours à l'IA pour corriger les questionnaires à choix multiples et générer des ensembles de données. Il ne s'agit pas là d'une simple technique pédagogique. C'est un modèle de responsabilité.
Le cadre du pape Léon XIV
L'encycliqueMagnifica Humanitas s'inscrit dans ce débat comme un prisme éclairant [4]. L'argument selon lequel l'IA doit être utilisée de manière à favoriser le développement humain est une affirmation positive sur la finalité de la technologie. Les outils sont au service de la personne. La personne n'est pas remodelée pour servir les outils.
Dans le domaine de la santé mentale, la prolifération des applications de bien-être pilotées par l'IA et des plateformes de thérapie automatisée soulève la même question de fond. Si la relation thérapeutique est l'ingrédient actif de la guérison psychologique, que se passe-t-il lorsque cette relation est simulée plutôt que réelle [2] ? Que devient la personne qui apprend à réguler sa vie affective par le biais d'une interface plutôt que par le travail risqué et fécond d'une véritable relation humaine ?
La résilience ne se construit pas dans l'expérience sans friction. Elle se construit à travers une lutte accompagnée, à travers des relations qui maintiennent la personne à flot pendant qu'elle traverse l'épreuve, et à travers l'intériorisation d'un sens qui ne vient que d'un cadre plus grand que soi [3].
Paolo Carozza et la question de la réalité
Paolo Carozza, professeur à la faculté de droit de Notre Dame et membre de l'Académie pontificale des sciences sociales, apporte une dimension philosophique à ce que Psihas ancre dans la pratique de la salle de classe [1]. Sa préoccupation est que la technologie doit orienter ses utilisateurs vers une intelligence fondamentale de la réalité, y compris de ce que signifie être humain. Cela désigne un danger précis : le confort immersif de l'expérience médiatisée par l'IA pourrait fausser le rapport de l'utilisateur à ce qui est réellement réel.
Pour les étudiants, cela pourrait se manifester par une incapacité à tolérer l'ambiguïté de la recherche authentique, ou par un aplatissement de la différence entre un argument bien étayé et une fabrication au son convaincant. Pour quiconque fait face à des difficultés de santé mentale, la distorsion analogue pourrait se manifester par une préférence pour la validation émotionnelle algorithmiquement personnalisée, au détriment de l'engagement plus exigeant d'une communauté authentique [4].
La formation est précisément le processus par lequel on développe la capacité d'affronter la complexité avec équanimité plutôt qu'en l'esquivant.
Une approche centrée sur les valeurs
Psihas décrit sa pédagogie comme centrée sur les valeurs : utiliser l'IA pour accroître l'efficacité afin que l'attention humaine puisse se consacrer à l'apprentissage qui compte vraiment [1]. L'utiliser pour dégager du temps pour le mentorat, pour le type de conversation dans lequel la curiosité est cultivée. Ne pas l'utiliser comme substitut au travail cognitif et moral qui constitue la véritable éducation.
Les outils d'IA peuvent soutenir les fonctions administratives, faire remonter des recherches pertinentes et élargir l'accès aux services pour des populations qui, autrement, n'en bénéficieraient pas. Ce sont là de vrais biens. Ils ne deviennent des distorsions que lorsqu'ils sont présentés comme des substituts à la relation thérapeutique, à la rencontre pastorale ou à l'accompagnement humain soutenu [2].
L'efficacité est un moyen. La formation est la fin.
Les éducateurs cités dans le reportage d'EWTN News ne sont pas des technophobes [1]. Psihas enseigne la science des données. Carozza travaille avec des institutions mondiales qui orientent la politique en matière de technologie. Leur préoccupation ne porte pas sur l'intelligence artificielle en tant que telle, mais sur les conditions dans lesquelles elle sert ou compromet le développement humain. C'est la même préoccupation qui animeMagnifica Humanitas [4].
La salle de classe est un espace de formation. Tout contexte dans lequel une personne est accompagnée à travers l'épreuve vers une plus grande intégrité l'est également. Les outils disponibles dans ces espaces continueront d'évoluer. L'objectif, lui, ne changera pas.
Sources
[1] EWTN News. (2025).Catholic educators weigh benefits, drawbacks of AI in the classroom. EWTN News. https://www.ewtnnews.com/catholic-educators-ai-classroom
[2] Norcross, J. C., & Wampold, B. E. (2011). What works for whom: Tailoring psychotherapy to the person.Journal of Clinical Psychology, 67(2), 127–132. https://doi.org/10.1002/jclp.20764
[3] Kapur, M. (2016). Examining productive failure, productive success, unproductive failure, and unproductive success in learning.Educational Psychologist, 51(2), 289–299. https://doi.org/10.1080/00461520.2016.1155457
[4] Pape Léon XIV. (2025).Magnifica Humanitas [Lettre encyclique]. Maison d'édition du Vatican.