Quand un enfant demande au pape pourquoi il arrive de mauvaises choses : la souffrance, la foi et les premiers pas vers la résilience

Un petit Péruvien de six ans prénommé Renzo a posé au pape Léon XIV l'une des plus anciennes questions de l'humanité. La réponse du pape — enracinée dans la présence plutôt que dans l'explication — révèle quelque chose d'essentiel sur la façon dont la foi et la résilience psychologique se forgent face à la souffrance.

June 11, 20263 min read
Quand un enfant demande au pape pourquoi il arrive de mauvaises choses : la souffrance, la foi et les premiers pas vers la résilience

Quand un enfant demande au pape pourquoi les malheurs arrivent

Un garçon de six ans prénommé Renzo s'est présenté devant le pape et a posé la question que philosophes, théologiens et psychologues se posent depuis des siècles.

« Pourquoi de mauvaises choses arrivent-elles à certaines personnes et pas à d'autres ? De qui est-ce la faute ? Pourquoi y a-t-il tant de gens qui vivent dans la rue ? Personne ne les voit ; personne ne les aide. »

Renzo est péruvien. Sa famille a fui une pauvreté extrême et s'est réinstallée dans le quartier du Raval, à Barcelone — un secteur dense où plus de la moitié de la population est d'origine immigrée. La famille bénéficie du soutien d'une soupe populaire tenue par les Missionnaires de la Charité et la Fondation Mano Amiga. C'est là que, le 10 juin, le pape Léon XIV a rendu visite à la communauté avant de célébrer la messe à la Sagrada Familia — un choix délibéré, a précisé le pontife, pour toucher la souffrance humaine plutôt que de simplement admirer l'architecture ecclésiastique.

La question que Renzo a posée ne trahit pas une incompréhension enfantine du monde. Elle en révèle, au contraire, une intelligence enfantine et précise.

La présence avant l'explication

Le pape Léon XIV n'a pas esquivé la question. Il en a reconnu la difficulté de front, avant d'ancrer sa réponse dans la vie du Christ : « La Parole de Dieu nous dit que Notre Seigneur "passait en faisant le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous l'emprise du mal", et pourtant nous savons qu'il a été crucifié. Mais l'histoire ne s'est pas arrêtée là, car il est ressuscité le troisième jour, vainquant à la fois le mal et la mort. »

La structure de cette réponse est significative. Elle ne promet pas la suppression de la souffrance. Elle affirme la transformation de la souffrance — et elle offre à celui qui souffre quelque chose de plus durable qu'une solution : la présence.

« À travers la vie de Jésus-Christ, Dieu nous montre que, même au cœur de la souffrance, il n'abandonne jamais aucun de ses enfants. Ayons confiance : Jésus est avec nous, il nous aide et nous accompagne, et il nous donne la force de traverser les moments difficiles que nous pouvons rencontrer dans la vie. »

Voilà l'argument central : c'est la présence, et non l'explication, qui fonde la résilience.

Ce que confirme la recherche

La littérature psychologique sur la résilience identifie de manière constante la construction du sens comme un facteur de protection essentiel. Chez les enfants en particulier, le fait d'inscrire la souffrance personnelle dans un cadre plus large — familial, communautaire ou transcendant — est associé à une réduction de l'anxiété et à un meilleur fonctionnement adaptatif à long terme. Une analyse publiée en 2021 dans leJournal of Child and Family Studiesa montré que les enfants vivant dans des foyers économiquement précaires et faisant état d'un sentiment de cohérence spirituelle ou religieuse obtenaient des scores mesurables et significativement plus élevés dans les inventaires de résilience.

La recherche sur les expériences adverses de l'enfance montre également que la présence d'un seul adulte de confiance qui répond à la détresse d'un enfant avec une véritable attention modifie sensiblement les trajectoires développementales. Le pape, en ce moment passé dans l'ancien couvent Saint-Augustin, jouait le rôle de ce que les psychologues du développement appellent une « ancre relationnelle ».

La disposition à demeurer dans la difficulté de la question de Renzo avant d'y répondre illustre quelque chose que thérapeutes et agents de pastorale reconnaissent comme fondamental : la valeur thérapeutique de l'accueil avant l'intervention.

Le commencement de la résilience

La question de Renzo ne recevra pas de réponse définitive de son vivant, ni de celui de quiconque. La souffrance n'est pas une énigme à résoudre — c'est une condition de l'existence humaine qui exige, encore et encore, une réponse vivante.

Ce que la rencontre de Barcelone démontre, c'est que les ressources de la tradition catholique pour faire face à cette condition s'accordent remarquablement avec ce que la recherche contemporaine identifie comme protecteur et guérissant : des récits porteurs de sens, une présence authentique, et la capacité à porter la douleur sans en être anéanti.

Renzo a demandé au pape pourquoi les malheurs arrivent. Le pape l'a orienté vers un récit dans lequel la souffrance est réelle, l'accompagnement est certain, et le dernier mot appartient à la résurrection. Cette réponse ne figurera dans aucun manuel clinique. Mais elle est, à toute mesure qui compte, le commencement de la résilience.

Source : EWTN News, 10 juin 2026. Reportage du bureau du Vatican.