L'espérance quand tout semble perdu : Gaza, la prière et le besoin humain de miracles

Deux millions de déplacés, sans école ni abri, frappés par une malnutrition sévère — et un organisme pontifical toujours présent sur le terrain. Ce que le travail psychosocial de la CNEWA à Gaza révèle sur l'architecture de l'espérance quand la vie ordinaire s'est effondrée.

June 9, 20264 min read
L'espérance quand tout semble perdu : Gaza, la prière et le besoin humain de miracles

Michael La Civita, directeur des communications à la Catholic Near East Welfare Association (CNEWA), a résumé la situation à Gaza en juin 2026 en une seule expression :un état d'attente permanent. Avec plus de deux millions de personnes déplacées, des habitations détruites, plus d'école, plus de commerce, et un accès très limité à l'eau potable et à la nourriture, Gaza est devenue, a-t-il confié à EWTN News Nightly, « un endroit très calme, silencieux et sombre ».

Cette expression mérite qu'on s'y arrête. Elle n'est pas seulement d'ordre logistique. Elle désigne quelque chose que la personne humaine vit comme une blessure : la suspension de toute orientation vers l'avenir — ce sentiment que demain ne sera pas véritablement différent d'aujourd'hui.

Ce dont la personne a besoin, et que le pain seul ne peut donner

La malnutrition sévère frappe les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées. L'hépatite A et d'autres maladies liées aux conditions sanitaires constituent des menaces bien réelles. Des mariages d'enfants ont été signalés ailleurs dans la région à mesure que la détresse économique s'aggrave, et La Civita a reconnu que les conditions à Gaza rendent ce phénomène envisageable. « La situation économique là-bas est franchement catastrophique », a-t-il déclaré.

Une privation matérielle aussi totale ne menace pas seulement le corps. Elle démantèle les conditions mêmes qui rendent possible l'agir, le sens du temps, la conviction que ses choix ont une importance. La conception catholique de la personne humaine — un tout unifié, rationnel, relationnel, incarné, ordonné vers la transcendance — implique que lorsque les structures de la vie ordinaire s'effondrent, la vie intérieure est elle aussi en péril.

C'est pourquoi l'œuvre la plus importante de la CNEWA est peut-être ce que La Civita a décrit comme un soutien psychosocial : pour les enfants, les personnes âgées, les populations vulnérables et leurs familles. L'organisation, fondée par le pape Pie XI en 1926, agit par le biais de réseaux ecclésiaux qui sont restés présents sur le terrain tout au long du conflit. Cette présence durable n'est pas anecdotique. Les recherches sur le traumatisme montrent de façon constante que la continuité relationnelle perçue — quelqu'un encore là, qui continue de se soucier de vous — est l'un des facteurs de protection les plus puissants contre les séquelles psychologiques à long terme.

L'espérance n'est pas l'optimisme

C. S. Lewis a fait observer que le réconfort ne se trouve pas en le cherchant directement — seulement en cherchant quelque chose de vrai, et en recevant le réconfort comme une conséquence. La même logique s'applique à l'espérance. L'optimisme calcule des probabilités. L'espérance s'oriente vers un bien qui dépasse les données du présent. Ce ne sont pas les mêmes démarches.

Ce que les travailleurs de la CNEWA offrent, en demeurant présents dans des conditions sans issue facile, est une mise en acte vivante de cette seconde démarche. Le pape Léon XIV, renouvelant le 26 mai son appel à l'aide humanitaire pour Gaza, a choisi le motaccompagnement — présence soutenue auprès de quelqu'un dans son attente. Ce mot fait un vrai travail. Il désigne ce qui rend l'espérance transmissible entre les personnes : non pas la bonne humeur, non pas les paroles rassurantes, mais le refus de partir.

Ce que ceux qui sont loin peuvent faire

Pour les personnes éloignées de Gaza qui portent le poids de ce qu'elles ne peuvent pas résoudre, La Civita a été direct : « Les catholiques et les autres chrétiens peuvent d'abord prier. » Ce n'est pas là un lot de consolation réservé à ceux qui manquent de ressources. La prière, dans la conception catholique, est une action réelle — ordonnée vers Celui de qui vient tout secours véritable, et capable de mettre en mouvement ce que la logistique humaine ne peut atteindre.

Au-delà de la prière, la CNEWA accepte des dons qui parviennent directement aux réseaux ecclésiaux actifs à Gaza, finançant soins médicaux, soutien psychosocial et aide d'urgence. Un soutien financier à distance produit un effet local concret : il maintient les travailleurs sur le terrain, les approvisionnements disponibles, et préserve cette continuité relationnelle dont dépendent les personnes vulnérables.

Diffuser des informations précises est tout aussi important. Les conditions décrites par La Civita — l'ampleur des déplacements, la malnutrition, le prix psychologique payé — ne sont pas largement comprises. En en parlant avec précision, dans les familles, les paroisses et les communautés, on entretient l'attention sociale qui rend une réponse politique et humanitaire plus probable.

Aucune de ces actions ne résout la crise. Mais elles refusent la posture du spectateur impuissant, qui est elle-même une forme de désespoir. Les enfants qui reçoivent aujourd'hui un soutien psychosocial par l'intermédiaire des partenaires de la CNEWA seront les jeunes adultes qui reconstruiront Gaza — non seulement ses infrastructures, mais sa vie intérieure. Ce qu'ils transmettront dépendra en partie du fait que le monde plus large soit resté présent, ou ait détourné le regard.

L'appel est toujours ouvert.

Source : EWTN News, d'après les déclarations de Michael La Civita, CNEWA, 2 juin 2026.

Références